Ida Ismaïl
Alors que l'Albanie continue de promouvoir son littoral, sa nature et la croissance record du nombre de touristes, les inspections sanitaires menées en 2025 révèlent une réalité moins visible. Derrière l'image d'une destination en développement, les inspections de l'Inspection nationale de la santé ont mis en évidence des problèmes allant du manque d'hygiène de base et de documentation sanitaire à des cas de contamination microbiologique des réseaux d'eau potable.
Les difficultés ne se limitent pas à des cas isolés ou à des entités spécifiques, mais concernent un problème plus large : le respect des normes sanitaires et des mécanismes de contrôle dans divers secteurs des Services publics et privés.
Les problèmes ne se limitent pas au tourisme.
En 2025, l'Inspection générale de la santé a réalisé 12 896 inspections et contre-inspections sanitaires sur l'ensemble du territoire. Ces inspections ont concerné des établissements scolaires, des résidences universitaires, des cantines, des sites touristiques, des réseaux de distribution d'eau potable, des établissements d'hébergement pour personnes âgées et enfants, des Services de santé au travail, des Services d'exécution des décisions de justice, des pharmacies et des instituts de beauté.
L’objectif des inspections était de vérifier l’hygiène et les conditions sanitaires, la qualité de l’eau potable, la sécurité au travail et le respect de la législation sanitaire.
Bien que les secteurs inspectés soient divers, le rapport met en lumière un problème récurrent dans presque toutes les catégories : l’absence ou l’incomplétude des documents d’hygiène, de santé et de sécurité sanitaire. Dans de nombreux cas, les établissements se sont avérés dépourvus des analyses nécessaires, des registres de suivi, des certifications à jour ou des documents de base permettant de garantir la sécurité des Services qu’ils fournissent.
Dans les seuls établissements d'enseignement, 3 892 inspections et contre-inspections ont été réalisées. Les inspecteurs ont constaté la détérioration des bâtiments, l'humidité, des problèmes dans les annexes sanitaires, l'absence d'eau courante et d'eau chaude, ainsi que des insuffisances dans les dossiers sanitaires. Pour ces infractions, quatre amendes, trois fermetures temporaires et 337 avertissements ont été prononcés.
Le tourisme sous pression des normes
De tous les secteurs inspectés, le tourisme demeure l'un des plus critiques en raison du nombre élevé d'usagers et de son impact direct sur la santé publique et l'image du pays.
En 2025, l'ISHSH a réalisé 4 639 inspections et contre-inspections dans des établissements touristiques. Une part importante des problèmes constatés est liée à l'absence de mécanismes de contrôle et de suivi de base. Les inspecteurs ont relevé des manquements aux normes d'hygiène et d'assainissement, des absences d'analyses de l'eau potable, des lacunes dans les dossiers médicaux des employés, ainsi que des absences de certificats de désinfection, de désinsectisation et de dératisation. Ils ont également constaté des environnements ne respectant pas les normes d'entretien élémentaires.
Les piscines étaient souvent les plus problématiques. Dans de nombreux cas, les rapports d'analyse de l'eau, les registres de contrôle de la qualité, les autorisations sanitaires et d'hygiène, ainsi que la documentation relative à l'utilisation des désinfectants, faisaient défaut. Les inspecteurs ont également constaté un manque de personnel responsable de la gestion des piscines, ce qui réduisait la capacité d'identifier et de prévenir les risques sanitaires pour les vacanciers.
L'eau potable, un problème qui persiste depuis des années
Plus inquiétant encore est le panorama qui se dégage des systèmes d'approvisionnement en eau potable.
En 2025, l’ISSSH a réalisé 1 548 inspections et contre-inspections de systèmes d’approvisionnement en eau, d’installations de stockage et de réservoirs. Ces inspections ont révélé, dans de nombreux cas, l’absence d’analyses physico-chimiques et bactériologiques périodiques de la qualité de l’eau, pourtant essentielles pour garantir la sécurité de l’approvisionnement.
On a également constaté un manque d'autorisations sanitaires et d'hygiène, l'absence ou la détérioration des clôtures de protection des installations de stockage d'eau, ainsi que le non-renouvellement des certificats obligatoires de désinfection et de contrôle sanitaire. Le travail de terrain a mis en évidence des installations de stockage et des réservoirs vétustes, des installations humides et moisies, l'absence de registres de chloration de l'eau et des cas où l'infrastructure n'était pas entretenue avec les mesures de sécurité de base, notamment l'absence de gardiens ou de surveillance constante.
Le rapport met également en lumière des cas de non-respect des zones de sécurité sanitaire autour des sources d'eau et des installations de stockage, un facteur qui augmente considérablement le risque de contamination.
Cependant, l'alerte la plus sérieuse concerne les cas où des analyses microbiologiques ont révélé une contamination de l'eau potable. Selon les données communiquées par les Services de santé locaux, des indicateurs de contamination microbiologique ont été détectés dans certains réseaux de distribution, ce qui peut présenter un risque pour la santé des consommateurs. La présence de contamination microbiologique dans l'eau potable est considérée comme l'un des problèmes de santé publique les plus graves, car elle est directement liée au risque de propagation des maladies et à l'exposition quotidienne des citoyens à des agents potentiellement nocifs.
La question de la fiabilité des normes
L’Inspection sanitaire de l’État annonce que, lors des inspections, des amendes, des avertissements et des mesures correctives ont été imposés aux entités qui ne respectaient pas les exigences légales.
Cependant, la nature même des problèmes identifiés soulève une question plus générale. Lorsque, en pleine saison touristique, on constate la présence de piscines sans contrôle documenté de la qualité de l'eau, d'un manque de procédures de sécurité élémentaires et de systèmes d'approvisionnement en eau potable présentant des cas de contamination microbiologique, le problème ne se limite pas au simple respect formel de la loi.
Des questions se posent quant à la capacité des institutions et des opérateurs à garantir des normes de sécurité constantes dans un pays qui soutient de plus en plus le développement économique par le tourisme.
Alors que la saison touristique de cette année a débuté avec de grandes attentes quant au nombre de visiteurs et que l'Albanie vise à attirer un nombre toujours croissant de touristes et à consolider son image de destination méditerranéenne, la qualité de l'eau, la sécurité sanitaire et le respect des normes ne sont pas de simples exigences administratives.acqj.al